- Climat
Bilan 2025 de la mésinformation climatique et de la couverture environnementale dans les médias en France
Pour la première fois, la mésinformation climatique diffusée dans les médias télévisés et radiophoniques est quantifiée et qualifiée sur une année entière ; c’est l’objet du travail de Science Feedback en collaboration avec l’Observatoire des Médias sur l’Écologie (OME).
13 cas de mésinformation climatique par semaine en 2025
Pendant douze mois, nous avons surveillé les informations sur le climat dans tous les programmes d’informations (tels que définis par l’ARCOM) des 18 principales chaînes de télévision et de radio en France, soit plus de 9800 heures de programmes. Cette veille s’appuie sur un système de détection automatique développé en collaboration entre Science Feedback, Data for Good et QuotaClimat dans le cadre du projet Climate Safeguards. Le modèle d’IA que nous avons mis au point permet un rappel supérieur à 80 %, ce qui signifie que nous détectons 80 % des informations fausses ou trompeuses diffusées sur les sujets climatiques.
Les cas détectés par le modèle d’IA ont ensuite été caractérisés un à un par des éditeurs de Science Feedback avec l’aide de scientifiques du climat, ce qui nous permet de ne retenir que des affirmations fausses ou trompeuses avérées dans notre décompte.
Sur l’année 2025, nous avons ainsi détecté 665 cas au total, soit 13 cas par semaine en moyenne.
Derrière des centaines de cas, 19 narratifs de désinformation dominants
Afin de comprendre les sujets de tous ces cas de mésinformation, nous avons effectué un regroupement des cas sur la base de leur contenu sémantique. Ceci nous permet aussi de distinguer les occurrences ponctuelles de mésinformation (qui sont souvent des imprécisions, ou généralisations excessives) des affirmations qui sont souvent répétées et peuvent s’inscrire dans des stratégies plus proactives ayant l’intention de tromper l’audience (d’où l’utilisation du terme de “désinformation” dans ce cas).
La méthode consiste à identifier des cas de mésinformation répétés qui alimentent tous un même message, ou “narratif”. La méthodologie que nous avons déployée s’est appuyée sur une analyse du langage automatisée ainsi qu’une vérification manuelle pour finaliser les regroupements et attribuer certains cas au narratif le plus approprié. Notre analyse révèle que 19 narratifs, regroupant au moins huit occurrences, permettent d’expliquer environ 80 % de tous les cas de mésinformation recensés.
Le narratif le plus récurrent regroupant des affirmations fausses ou trompeuses soutenant que les énergies renouvelables font exploser le prix de l’électricité a par exemple été diffusé à 125 reprises entre janvier et août 2025.
La grande majorité de ces narratifs ont été détectés dès le premier trimestre 2025 et ont ensuite été alimentés par des cas nouveaux tout au long de l’année. L’ensemble des données collectées, ainsi que les vérifications des faits associées à chacun de ces narratifs, sont accessibles publiquement.
Ces regroupements nous permettent de constater que plus de 90% des cas de mésinformation rattachés à un narratif concernent les solutions d’atténuation du changement climatique: 70% des cas traitent du secteur énergétique, spécifiquement des énergies renouvelables, 10% de la mobilité et 9% du rôle de la France dans l’action climatique mondiale.
En revanche, les affirmations ayant pour objet le déni de l’existence ou de l’origine humaine du changement climatique, bien que présentes parmi les 19 narratifs, sont aujourd’hui minoritaires.
Une baisse des cas de mésinformation climatique fin 2025
Si les huit premiers mois de l’année 2025 ont déjà fait l’objet d’une analyse dédiée, le présent article révèle les résultats préliminaires des quatre derniers mois de l’année. On observe une diminution nette du nombre de cas de mésinformation climatique en fin d’année, que ce soit en valeur absolue (Figure 1) ou par heure d’information sur le climat (Figure 2). Le nombre de cas par heure d’information sur le climat baisse notamment sur CNEWS et Arte (où il atteint zéro) comme sur la plupart des chaînes, alors qu’il augmente sur TF1 par exemple.

“Cette tendance s’explique largement par un facteur central : l’absence de débat majeur sur les politiques publiques environnementales durant cette période. En d’autres termes, lorsque les enjeux climatiques sont moins présents dans l’agenda politique et médiatique, les opportunités de diffusion de récits trompeurs se réduisent mécaniquement.”
Explique l’OME dans son Bilan de l’année 2025

Des narratifs bien installés, sans renouvellement en fin d’année
Notre analyse des quatre derniers mois de 2025 montre que les cas de mésinformation qui peuvent être rattachés à un narratif relèvent principalement de l’un des 19 narratifs de désinformation identifiés au cours des huit premiers mois de 2025. Aucun nouveau narratif saillant n’a émergé durant les quatre derniers mois, confirmant que la désinformation climatique repose moins sur l’innovation que sur la répétition et la consolidation de récits déjà bien établis.
Les énergies renouvelables, cible privilégiée de la désinformation
Les narratifs les plus récurrents continuent de cibler les énergies renouvelables variables. Le « top 3 » des narratifs de désinformation les plus récurrents reste inchangé : il regroupe des affirmations alimentant les messages selon lesquels :
- les énergies renouvelables variables feraient mécaniquement exploser le prix de l’électricité,
- recevraient un soutien public prétendument gigantesque, appuyé sur des chiffres erronés, et
- seraient inefficaces en raison de leur intermittence, ou non compétitives et non rentables.
Ces récits regroupent des affirmations qui, le plus souvent, reposent sur des raisonnements fallacieux, des amalgames entre coûts, prix et investissements, ou encore sur des chiffres imprécis ou infondés.
Percée des narratifs liés à l’automobile
Dans un contexte marqué par des reculs de l’Union européenne sur l’interdiction des véhicules thermiques à l’horizon 2035, les narratifs liés à l’automobile ont connu un regain de visibilité en fin d’année. Deux narratifs se démarquent ainsi au dernier trimestre 2025 :
- d’une part, un narratif regroupant des affirmations selon lesquelles les voitures électriques pollueraient davantage que les véhicules thermiques ou hybrides ;
- d’autre part, un narratif regroupant des affirmations selon lesquelles les voitures thermiques récentes ou alimentées par certains carburants ne poseraient pas de problème environnemental.
Ces discours illustrent la capacité de la désinformation climatique à se réactiver rapidement à partir de décisions ou débats politiques, en les détournant ou en les simplifiant excessivement.
Un reflux du déni de la science du climat
Les propos relevant du déni de l’existence ou de l’origine humaine du changement climatique sont moins nombreux au dernier trimestre 2025, de l’ordre de huit cas recensés. Le narratif dominant associé à ces cas reste toutefois particulièrement préoccupant : il s’agit de la remise en cause de l’origine anthropique du réchauffement climatique, présentée comme incertaine ou insignifiante alors qu’il s’agit de conclusions très bien établies scientifiquement.
Bilan de la couverture des sujets environnementaux
L’Observatoire mesure que 4,9% des temps d’antenne des programmes d’information ont été consacrés aux enjeux environnementaux en 2025, soit une augmentation de 33% par rapport à 2024 (3,7%). Cette tendance peut, entre autres, s’expliquer par une couverture particulièrement importante des deux canicules, atteignant 9% du temps d’antenne en juin, puis 11% en août 2025.

Figure 3 – Évolution de la couverture médiatique des enjeux environnementaux dans les programmes d’information des médias audiovisuels français, (2023 -2025)
En 2025, la couverture médiatique des enjeux environnementaux s’est révélée très inégale selon les secteurs d’activité abordés. Les secteurs émetteurs de gaz à effet de serre les plus couverts dans les programmes d’information sont, dans l’ordre décroissant, l’agriculture, l’industrie et l’énergie. Pourtant, le transport, premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, n’est pas sur ce podium.
Pour mettre en évidence ce décalage entre le traitement médiatique et la responsabilité réelle des secteurs dans les émissions nationales, l’Observatoire compare la part de la couverture médiatique des enjeux environnementaux par secteur à leur poids dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France. On observe ainsi que l’agriculture est largement surreprésentée dans la couverture médiatique par rapport à son poids relatif dans les émissions de GES en France (35 % de la couverture médiatique des enjeux environnementaux contre 20 % des émissions sectorielles de GES), tandis que le secteur des transports présente la situation inverse (12 % de couverture médiatique contre 35 % des émissions de GES).

La faible couverture des enjeux environnementaux liés au secteur des transports, au regard de l’importance de ce secteur dans les émissions nationales (35 %), constitue une vulnérabilité face à la désinformation. Deux narratifs de désinformation, révélés en octobre 2025, trompent régulièrement le public sur le secteur des transports et sa décarbonation : désinformation sur l’impact climatique des voitures électriques (souvent exagéré) et sur les émissions de gaz à effet de serre des véhicules thermiques (souvent minimisées). Ces deux narratifs ont progressé au dernier trimestre de 2025 et sont plus prévalents sur cette période qu’en moyenne au cours des deux premiers trimestres de l’année.
