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L’élevage augmente les gaz à effet de serre dans l’atmosphère, la capture du carbone par les prairies ne compense pas les émissions

Posté le : 21 Jan 2026

L’agriculture est un sujet récurrent de désinformation. Dans le rapport Climate Safeguards publié en 2025, Science Feedback identifiait 19 narratifs de désinformation les plus fréquents dans les programmes d’information des chaînes de télévision et radio françaises. Parmi eux, un narratif est récurrent : “L’agriculture et l’élevage sont inoffensifs voire bons pour l’environnement car les prairies sont un puits de carbone.” 

Cette information est erronée : si les prairies sont effectivement un puits de carbone, les prairies d’élevage sont souvent créées par déforestation, ce qui est négatif pour le climat. Et les ruminants (bovin, mouton, chèvre) émettent d’importantes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Le rôle de puits de carbone des prairies ne compense pas toutes les émissions liées à l’élevage.

ENVIRON UN QUART DES ÉMISSIONS MONDIALES DE GAZ À EFFET DE SERRE PROVIENT DE LA PRODUCTION ALIMENTAIRE

Les pratiques agricoles et l’élevage ont un impact sur l’environnement de plusieurs façons, à la fois directement par la dégradation des sols et la déforestation[1,2], et à long terme par les émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent la planète[3,4]

La production alimentaire représente 26 à 34% (l’estimation varie selon les études) de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre à travers le monde[6]. Parmi toutes les productions alimentaires, l’élevage en est la première cause. Ainsi, les viandes de bœuf, chèvre, mouton et le fromage sont les aliments ayant l’empreinte carbone la plus élevée (figure 1).

Figure 1 – Le graphique présente la quantité de gaz à effet de serre rejeté pour la production d’un kilo de nourriture humaine. Ainsi, pour qu’un kilo de bœuf finisse dans notre assiette, 60 kilos de gaz à effet de serre ont été émis. Les couleurs illustrent ce qui compose l’empreinte carbone de chaque aliment. Source : Our World in Data.

L’ÉLEVAGE EST LA PREMIÈRE CAUSE EN RAISON DU MÉTHANE ÉMIS PAR LES RUMINANTS

Quelles sont les sources d’émissions de gaz à effet de serre de l’élevage ? Il en existe plusieurs. Un élevage a besoin d’approvisionnement extérieur, de transport des animaux vers l’abattoir, d’engins agricoles pour produire le grain, etc. Ces activités reposent sur un trafic routier émetteur de dioxyde de carbone (CO₂). Du protoxyde d’azote (N₂O), un autre gaz à effet de serre, est rejeté dans l’atmosphère lorsque des engrais azotés sont utilisés sur les cultures destinées aux animaux[4].

Mais le principal gaz à effet de serre émis par l’élevage est le méthane (CH4), principalement à cause des ruminants (vaches, chèvres et moutons)[6]. En effet, plutôt que de digérer les aliments comme nous le faisons, l’estomac des ruminants procède à une fermentation des aliments à l’aide de micro-organismes spécialisés, appelés méthanogènes. Ces méthanogènes décomposent la matière végétale afin que l’animal puisse mieux assimiler les nutriments. Mais, comme leur nom l’indique, les méthanogènes émettent du méthane comme sous-produit. Ce méthane s’accumule dans l’estomac de la vache. Lorsque celle-ci éructe, elle rejette ce méthane – un gaz à effet de serre au fort pouvoir de réchauffement – dans l’air.

Les concentrations de méthane ont augmenté plus rapidement au cours des cinq dernières années qu’au cours de n’importe quelle période depuis le début de l’enregistrement des données, rapporte le CEA. Nous ajoutons du méthane à l’atmosphère bien plus rapidement que celle-ci ne peut l’éliminer. En conséquence, la concentration de méthane dans l’atmosphère est aujourd’hui environ trois fois plus élevée qu’avant la révolution industrielle.Une grande partie de ce méthane – représentant 41 % des émissions humaines de méthane, selon l’Agence internationale de l’énergie – provient de l’agriculture, en particulier de l’élevage bovin (voir figure 2). Après conversion en émissions de CO₂, un groupe scientifique a estimé que le bétail à lui seul était responsable d’environ 7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre entre 1961 et 2010[7].

Figure 2 – L’agriculture est la principale source de méthane dans le monde, principalement à cause des ruminants. Source : Agence internationale de l’énergie.

LES ÉMISSIONS DU PÂTURAGE DÉPASSENT LA CAPACITÉ DE STOCKAGE DES PRAIRIES

Dans ce contexte, de nombreuses affirmations trompeuses se concentrent sur l’impact positif des prairies sur le climat. Après tout, contrairement aux voitures thermiques ou aux centrales à charbon, le bétail ne vit-il pas parmi les plantes ? Les plantes n’absorbent-elles pas les gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère ? 

Les prairies ont en effet un impact positif sur le climat. Au cours de la photosynthèse, les plantes captent le CO₂ de l’atmosphère qui reste ensuite piégé dans les sols, aidant ainsi à éliminer le dioxyde de carbone (CO₂) de notre atmosphère[8]

Cependant, dans un article publié en 2021, des scientifiques ont réalisé un bilan entre le stockage de carbone des pâturages et leurs émissions. Résultat, pour la période 1750-2012, les prairies ne stockent pas assez de gaz à effet de serre pour compenser les émissions liées à l’élevage[9].

Il existe deux raisons à cela. Tout d’abord, les pâturages pour le bétail ne sont pas nécessairement des paysages naturels. Ils sont souvent gérés de manière très stricte afin de maximiser la production agricole : ils peuvent être artificiellement irrigués et clôturés, et les agriculteurs peuvent essayer de dicter où et quand le bétail peut paître. Ce type de contrôle tend à augmenter l’empreinte carbone des pâturages par rapport aux terres moins intensivement pâturées[10].

De plus, les prairies remplacent souvent d’autres écosystèmes naturels. Selon le World Resources Institute, entre 2001 et 2015, les humains ont défriché plus de forêts pour créer des pâturages pour le bétail que pour tout autre produit agricole. Dans certaines régions fortement boisées, notamment au Brésil, plus de 10 % de la forêt a été défrichée pour l’élevage bovin (figure 3).

Figure 3 – Dans la plupart des régions du monde, le bétail vit dans des pâturages créés par le déboisement des forêts. Cela compromet la capacité de l’environnement à éliminer les gaz à effet de serre de l’atmosphère. Source : Global Forest Watch/World Resources Institute.

C’est un bon exemple de ce que les scientifiques entendent lorsqu’ils parlent des émissions liées au changement d’affectation des terres. Les forêts peuvent éliminer le CO₂ de l’atmosphère plus efficacement que les pâturages, et l’abattage des arbres peut également libérer les gaz à effet de serre qui y sont stockés[9]. Par conséquent, si nous remplaçons les forêts par des prairies, nous pouvons nous attendre à une augmentation des niveaux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à l’avenir.

En fait, à mesure que de plus en plus de terres sont transformées en pâturages pour accueillir un nombre croissant de vaches, les prairies dans leur ensemble deviennent moins aptes à absorber les gaz à effet de serre et le rôle de puits de carbone des sols diminue globalement.

Dans une étude publiée en 2021, des scientifiques passent en revue 292 systèmes de production bovine à travers le monde qui tentent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Selon cette étude, seuls 2 % d’entre eux ont réellement atteint la neutralité carbone ou mieux[11]

L’ÉLEVAGE ENTRAÎNE LOCALEMENT UNE ACIDIFICATION DES SOLS ET UNE EUTROPHISATION

Quant aux autres impacts environnementaux de l’élevage, Science Feedback a déjà consacré un article à ce sujet. 

L’élevage bovin peut entraîner une acidification (ajout de composés acides dans l’environnement) et une eutrophisation (accumulation excessive de nutriments dans les plans d’eau). L’eutrophisation se produit lorsqu’un excès de nutriments pénètre dans les plans d’eau, tels que les rivières et les lacs, ce qui perturbe l’équilibre naturel de ces écosystèmes et provoque notamment la prolifération d’algues toxiques. L’élevage bovin peut provoquer une eutrophisation lorsque l’urine et les excréments des bovins libèrent un excès d’azote (N) et de phosphore (P)[12] dans les cours d’eau voisins. Les déchets bovins peuvent également libérer de l’ammoniac (NH3) et provoquer une acidification des sols, ce qui a des effets néfastes sur les plantes et les micro-organismes.

Références :

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