• Énergie

Pourquoi la France ne pourrait pas être indépendante en hydrocarbures aujourd’hui, même si elle levait ses protections écologiques

Posté le :

Le contexte géopolitique actuel tendu sur les approvisionnements en énergie a ravivé le débat sur les potentielles ressources en pétrole et en gaz de schiste du sous-sol français et sur la loi Hulot de 2017 qui encadre leur exploitation. Comme nous l’avons vu en 2025, l’énergie est un sujet majeur de désinformation, notamment au travers de programmes d’information des chaînes françaises de TV et de radio (Sud Radio, CNews, et Europe 1 en tête); Science Feedback et d’autres associations l’ont démontré au fil de l’année 2025

Ces dernières semaines, nous avons détecté de nombreuses affirmations dans les médias alimentant l’idée que la France disposerait de ressources en hydrocarbures très importantes qui pourraient l’aider à garantir son indépendance énergétique, et qu’il suffirait de lever les protections écologiques pour les exploiter. Cet article s’attache à explorer ce que la science nous permet de dire à propos de ce sujet et à décortiquer les affirmations qui ont été faites dans les médias.

Voici brièvement le type d’affirmations que nous avons observé: certains avancent des chiffres surestimés sur les réserves françaises en hydrocarbures, en omettant ce que représentent concrètement ces volumes par rapport à la consommation nationale. D’autres confondent les ressources (ce qui existe, ou que l’on suppose exister, dans le sous-sol) et les réserves (ce que l’on peut effectivement extraire aujourd’hui). D’autres encore soutiennent que la loi Hulot interdirait toute exploitation des ressources du sous-sol français, alors qu’elle est bien plus limitée dans sa portée réelle. Entrons dans le détail pour bien distinguer ce qui relève des choix politiques de ce qui tient aux contraintes géologiques, ces dernières expliquant en grande partie pourquoi la France ne peut pas devenir un grand producteur de pétrole.

À RETENIR :

  • La France dispose bien de certaines réserves domestiques en hydrocarbures, mais celles-ci restent limitées en volume et insuffisantes pour couvrir une part significative de sa consommation énergétique aujourd’hui.
  • La France ne dispose pas de réserves prouvées en gaz de schiste, elle dispose d’une géologie qui pourrait en contenir : ce sont des ressources probables et incertaines.
  • L’interdiction d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures mise en place par la loi Hulot n’interdit pas à la France d’exploiter du gaz et du pétrole ; ses réserves sont déjà exploitées (pétrole), ou épuisées (gaz).

Les réserves françaises en pétrole et gaz conventionnel : suffisantes pour l’indépendance ? La France se prive-elle vraiment de les exploiter ?

PÉTROLE : DES RÉSERVES BIEN DOCUMENTÉES, MAIS INSUFFISANTES POUR PARLER D’INDÉPENDANCE

Deux affirmations distinctes, diffusées le même jour sur des antennes différentes, convergent vers la même idée : la France disposerait de ressources pétrolières qu’elle se refuserait à exploiter.

« Elles y sont les ressources, elles y sont les ressources […] on a du pétrole mais sauf que les français ne veulent pas qu’on l’exploite. »

participante de l’emission « Le forum BFMTV Iran : les français face à la guerre », le 02-04-2026 sur BFMTV

 « [Vous faites référence à la fracturation ?] Pas nécessairement de la fracturation, pas seulement du gaz de schiste. Je peux penser exactement à du pétrole et du gaz que nous avons dans nos sous-sols, sur nos territoires et que nous n’avons pas le droit d’exploiter du fait de cette loi. »

Marion Maréchal le 02-04-2026 sur europe 1 matin

Sur BFMTV, lors d’un forum consacré à la guerre en Iran, une participante affirme sans détour : “Elles y sont les ressources, elles y sont les ressources […] on a du pétrole mais sauf que les Français ne veulent pas qu’on l’exploite”. Sur Europe 1, le même jour, Marion Maréchal affirme, en élargissant le propos au-delà du seul gaz de schiste : “Pas nécessairement de la fracturation, pas seulement du gaz de schiste. Je peux penser exactement à du pétrole et du gaz que nous avons dans nos sous-sols, sur nos territoires et que nous n’avons pas le droit d’exploiter du fait de cette loi.”

Ces deux affirmations appellent une réponse en deux temps, parce qu’elles soulèvent deux problèmes différents.

Premièrement, un fait que les deux intervenants ne mentionnent pas : la France produit déjà du pétrole. Une soixantaine de concessions sont actives sur le territoire national, principalement dans le bassin parisien et en Aquitaine. Cette production est légale, continue, et marginale : elle couvre environ 1 % de la consommation nationale, un chiffre stable depuis plusieurs années qui reflète l’épuisement progressif de gisements exploités depuis les années 1950 et 1960, non une décision politique récente. La loi Hulot, dont nous détaillerons le contenu exact plus loin, n’a pas interdit cette production existante : elle a interdit l’ouverture de nouveaux droits d’exploration.

Figure 1 – Production primaire de pétrole en France, Source : SDES, Bilan énergétique de la France

Ensuite, l’affirmation selon laquelle la France pourrait exploiter davantage son pétrole conventionnel est contredite par les données géologiques disponibles. Le pétrole du sous-sol français n’est pas sous-exploité : avec plus de soixante ans d’exploration intensive et plus de 4 000 puits forés, son potentiel en hydrocarbures conventionnels est aujourd’hui précisément cartographié. Au 1er janvier 2025, les réserves de pétrole brut prouvées s’élèvent à 7,6 millions de tonnes équivalent pétrole, soit environ un mois et demi de consommation nationale. 

Ces affirmations sont donc trompeuses dans la mesure où elles impliquent qu’il existerait en France des ressources pétrolières supplémentaires, connues mais volontairement non exploitées. Or, les gisements évoqués sont déjà identifiés et pour la plupart déjà exploités dans le cadre des concessions existantes. Il ne s’agit donc pas d’un potentiel caché ou inutilisé, mais de ressources déjà intégrées à la production actuelle, dont les limites sont bien documentées.

Modifier le cadre législatif ne modifierait pas leur volume : les réserves prouvées sont ce qu’elles sont, indépendamment de la politique d’exploitation retenue. L’ordre de grandeur très limité des réserves disponibles (un mois et demi de consommation nationale) suffit aussi à écarter toute hypothèse d’indépendance énergétique fondée sur les hydrocarbures conventionnels domestiques.

GAZ CONVENTIONNEL : UNE PRODUCTION DÉJÀ NULLE, POUR DES RAISONS GÉOLOGIQUES

Pour le gaz naturel conventionnel, la situation est encore plus tranchée. La production nationale commercialisée de gaz naturel est quasi nulle depuis octobre 2013, date de l’arrêt définitif de l’injection du gaz de Lacq dans le réseau, un gisement que nous aborderons plus bas. Seul le gaz de mine, extrait du bassin du Nord-Pas-de-Calais, est encore injecté en quantités marginales (0,1 TWh en 2024, contre 2 TWh au début des années 2000). 

Figure 2 – Production nationale commercialisée de gaz naturel et biométhane, Source : SDES, Bilan énergétique de la France

Aucune donnée disponible ne permet donc d’établir qu’il existerait des réserves de gaz naturel significatives non encore exploitées, contrairement à ce qu’affirme Marion Maréchal. La France importe la quasi-totalité de sa consommation de gaz, principalement de Norvège, des États-Unis, et d’Algérie à l’heure actuelle. Il n’existe pas de réserves conventionnelles prouvées significatives qui attendent d’être exploitées, contrairement à l’affirmation de Marion Maréchal.

GISEMENT DE LACQ : NI « UNIQUE », NI « FERMÉ POUR DES RAISONS ÉCOLOGIQUES »

L’affirmation de la journaliste du JDD Hélène Roué selon laquelle Lacq était « l’unique gisement de gaz naturel français » et qu’il aurait été fermé pour des “choix écologiques” est erronée.

 « Parce qu’en 2013 notamment, avec des choix énergétiques, avec des choix justement écologiques, on a fermé l’unique gisement de gaz naturel qu’on avait dans une ville qui s’appelle Lacq. »

Hélène Roué, Journaliste au JDD, dans l’emission 100% frontieres sur cnews le 01-04-2026

Premièrement, Lacq n’était pas l’unique gisement de gaz français. La France en comptait plusieurs : Saint-Marcet en Haute-Garonne, et dans le même bassin aquitain, Meillon, Rousse ou encore Vic-Bilh.

Deuxièmement, la fermeture de Lacq n’est pas un choix politique ou écologique, le gisement, découvert en 1951 et exploité pendant 56 ans, était simplement épuisé. La production de gaz pour le réseau s’est terminée fin 2013 après l’extraction d’un total de 254 milliards de mètres cubes de gaz épuré. Il ne restait qu’environ 3% des réserves en 2013. Le gisement n’a donc pas été « fermé » au sens d’un arrêt définitif imposé de l’extérieur, il a atteint la fin naturelle de sa production.

Gaz de schiste : réserves, ressources, impacts environnementaux de la fracturation hydraulique, et interdiction en France

DES RESSOURCES DE GAZ DE SCHISTE POTENTIELLES, PAS DES RÉSERVES PROUVÉES

Un intervenant d’Europe 1 Info, le 8 avril 2026, a affirmé que “nous avons sous nos pieds une réserve en gaz de schiste qui est absolument phénoménale, comme les Américains qui eux aujourd’hui sont totalement autonomes et excédent[aires]”. Cette affirmation est fausse sur deux points : la France ne dispose pas de réserves prouvées de gaz de schiste, et la comparaison avec les États-Unis est trompeuse.

 « Nous avons sous nos pieds une réserve en gaz de schiste qui est absolument phénoménale, comme les Américains qui eux, aujourd’hui, sont totalement autonomes et excédents. »

intervenant sur Europe 1 Info, le 08-04-2026

Il existe bien des estimations de ressources en gaz de schiste sous le sol français. Mais l’adjectif « phénoménal » et la comparaison avec les États-Unis sont trompeurs, pour une raison simple : aux États-Unis, les réserves sont prouvées, elles ont été confirmées par des milliers de forages (scientifiques et commerciaux) et font l’objet d’une exploitation industrielle massive depuis plus de vingt ans. 

En France, aucune exploration approfondie n’a jamais été menée. Les estimations disponibles reposent sur des modélisations et les rares chiffres qui circulent dans le débat public sont qualifiés de “très approximatifs” par les experts eux-mêmes. On parle donc de ressources potentielles, dont on ne sait pas encore si elles sont techniquement et économiquement exploitables dans le sous-sol français, dont la géologie est très différente des bassins américains.

La distinction est fondamentale : les ressources désignent tout ce qui existe potentiellement dans le sous-sol, découvert ou non, extractible ou non. Tandis que les réserves sont uniquement les volumes dont on a la certitude qu’ils sont techniquement et économiquement récupérables, dans des conditions définies et à une date donnée. Affirmer que la France dispose de réserves « phénoménales » c’est confondre ce qui est dans le sol avec ce qui peut effectivement en être extrait et alimenter un pays et son économie.

En 2013, lors d’une audition publique organisée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), l’instance qui conseille le Parlement français sur les questions scientifiques et techniques, le président de l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), principal organisme public de recherche sur l’énergie en France, estimait lui-même que :

“Le sujet du schiste, en France, se dégonflerait peut-être tout seul si on procédait à des forages et constatait que les réserves sont très inférieures aux chiffres actuellement avancés.”

IL EXISTE TOUJOURS DES PROBLÈMES ENVIRONNEMENTAUX LIÉS À LA FRACTURATION HYDRAULIQUE

Sur Les Grandes Gueules le 7 avril 2026, un intervenant affirme que les problèmes écologiques liés à la fracturation hydraulique “ont été résolus” et que cette technique serait désormais “extrêmement banale”, comme un forage de pétrole classique. Ces affirmations sont infondées.

 « Les problèmes écologiques [de la fracturation hydraulique] ont été résolus. – D’accord –  Par rapport à 2013, ils ont été résolus. […] la fracturation hydraulique, c’est du forage de pétrole, maintenant, extrêmement banal, extrêmement banal. »

intervenant sur Europe 1 Info, le 08-04-2026

D’abord, la fracturation hydraulique n’est pas comparable à un forage conventionnel, contrairement à l’affirmation faite dans l’émission diffusée sur RMC. Un forage classique consiste à percer un puits pour atteindre une poche d’hydrocarbures qui remonte naturellement sous pression. La fracturation hydraulique est une opération supplémentaire, utilisée lorsque la roche est trop imperméable pour laisser s’échapper le gaz ou le pétrole : on y injecte, à très haute pression, un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques afin de fracturer mécaniquement la roche.

Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), la consommation d’eau d’un puits de forage d’hydrocarbures avec fracturation hydraulique varie en fonction de la géologie, de l’opérateur et de la technique employée, mais se situe généralement entre 5,7 et 60 millions de litres par puits : des volumes qui n’ont rien de comparable avec un forage pétrolier conventionnel. L’affirmation est donc trompeuse : elle assimile à tort la fracturation hydraulique à un forage pétrolier conventionnel, alors qu’il s’agit d’une opération d’une nature et d’une complexité radicalement différentes.

L’autre affirmation faite sur RMC selon laquelle “les problèmes écologiques [de la fracturation hydraulique] ont été résolus” est infondée. S’il est vrai que certains risques ont été mieux caractérisés et partiellement atténués par la technologie ou la réglementation ; d’autres comme l’intégrité des puits, la pollution de l’eau, et la gestion des eaux usées demeurent toujours des préoccupations actives et non résolues d’après la littérature scientifique aujourd’hui. En réalité, certains risques sont gérables, mais tous n’ont pas disparu.

Une revue de la littérature scientifique sur ces risques environnementaux publiée dans la revue Heliyon en décembre 2024, portant sur plus de cent études, conclut que les risques environnementaux et sanitaires des fluides de fracturation demeurent préoccupants : forte concentration de produits chimiques toxiques, données de toxicité incomplètes, probabilité élevée de déversements, et cas documentés de contamination des aquifères. Une autre revue de la littérature couvrant les données jusqu’en juillet 2023 révèle de multiples préoccupations persistantes, notamment la contamination de l’eau et des sols, l’activité sismique induite et la pollution atmosphérique. 

Ces études montrent aussi que des progrès ont été réalisés sur certains aspects et sur des sites précis, comme pour la gestion partielle des eaux renvoyées à la surface après la fracturation hydraulique. Mais les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’exclure la survenue de problèmes environnementaux, même avec les meilleures pratiques de gestion. Il est donc trompeur d’affirmer que tous les problèmes liés à la fracturation hydraulique sont résolus.

Loi Hulot : ce qu’elle interdit vraiment

La loi Hulot a été l’objet de plusieurs affirmations relayées dans les médias. Sur CNews le 2 avril 2026, Marion Maréchal affirme ainsi que la France serait le seul pays d’Europe à avoir inscrit dans la loi l’interdiction de tout nouveau permis de recherche sur les hydrocarbures. Sur RMC le 7 avril 2026, un intervenant suggère que cette même loi interdirait la recherche scientifique sur les ressources du sous-sol français. Ces deux affirmations sont fausses et trompeuses respectivement et appellent une vérification du cadre réel de la loi, que nous examinons ci-dessous.

 « Je pense, à une loi qui existe en France, et seulement en France d’ailleurs, en Europe, qui est la loi Hulot [… la loi Hulot, qui nous interdit aujourd’hui, sachez-le, d’exploiter nos ressources aujourd’hui en hydrocarbures ou en gaz »

Marion Maréchal dans l’émission « La Grande Interview » sur CNEWS

La loi n° 2017-1839 du 30 décembre 2017, dite “loi Hulot” (du nom de Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique) établit deux grands principes. 

Le premier est la fin immédiate des nouveaux droits d’exploration et d’exploitation : depuis le 1er janvier 2018, aucun nouveau permis exclusif de recherche ou concession d’exploitation d’hydrocarbures (pétrole, gaz naturel, huile et gaz de schiste) ne peut être accordé sur le territoire français, métropole et outre-mer confondus.

Le second est l’extinction progressive des concessions existantes. Les opérateurs qui détenaient déjà des droits d’exploitation au moment de la promulgation de la loi peuvent continuer à produire, mais leurs concessions ne peuvent pas être renouvelées au-delà du 1er janvier 2040. Cette échéance comporte toutefois une exception prévue par le texte lui-même : un opérateur peut obtenir une prolongation s’il démontre à l’autorité administrative qu’il n’a pas pu couvrir ses coûts de recherche et d’exploitation avant cette date.

D’AUTRES PAYS EUROPÉENS ONT AUSSI LÉGIFÉRÉ CONTRE LES NOUVEAUX PERMIS

La loi Hulot de 2017 fait partie des premières au monde à inscrire explicitement dans le droit national une interdiction générale de nouveaux permis d’exploration. Mais la France n’est pas le seul pays européen à avoir encadré ou interdit de nouveaux permis d’exploration d’hydrocarbures par la loi ou des décisions équivalentes, contrairement aux affirmations de Marion Maréchal. 

  • Le Danemark a adopté une loi interdisant toute nouvelle exploration et programmant la fin de la production pétrolière et gazière en mer du Nord d’ici 2050. 
  • La loi espagnole sur le changement climatique interdit l’attribution de tout nouveau permis d’exploration ou de concession d’exploitation d’hydrocarbures sur l’ensemble du territoire national, avec une fin de production des fossiles fixée au 31 décembre 2042. 
  • L’Irlande a adopté une législation interdisant les licences de nouvelle exploration pétrolière et gazière.

Dans la même interview sur CNews, Marion Maréchal va plus loin en affirmant que la loi Hulot “nous interdit aujourd’hui d’exploiter nos ressources en hydrocarbures ou en gaz”. C’est une simplification qui confond deux notions distinctes : l’interdiction de nouveaux permis et l’interdiction de toute exploitation. Comme nous l’avons abordé, la France compte 62 concessions d’hydrocarbures en cours d’exploitation dans l’Hexagone et produit environ 1% de sa consommation nationale de pétrole grâce à ces concessions. Dire que la loi interdit d’exploiter n’est donc pas exact: elle interdit d’ouvrir de nouveaux droits d’exploitation, et programme l’extinction progressive des droits existants.

LA LOI HULOT N’INTERDIT PAS LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Sur Europe 1, un intervenant de l’émission Europe 1 Info affirme que la loi Hulot “interdit la recherche scientifique” sur les hydrocarbures : c’est une exagération. En réalité, la loi n’interdit pas la recherche scientifique en tant que telle. Il n’existe pas d’interdiction de réaliser d’études en géologie, physique des roches ou en sciences de l’énergie, par exemple. Les activités de recherche académique ou scientifique restent donc possibles. 

 « Pour céder si vous voulez à, je dirais, un lobby écologique très puissant, on s’interdit même de faire des recherches, non pas sur la présence du gaz qui y est, mais scientifiques, si effectivement c’est une atteinte ou non à notre environnement, on s’interdit même la recherche scientifique. »

intervenant sur europe 1 info le 08-04-2026

La loi encadre en revanche l’exploration et la production d’hydrocarbures, notamment en interdisant l’octroi de nouveaux permis d’exploration et en plafonnant l’exploitation. Ce qui est vrai est que la loi a bien un impact sur les recherches liées aux hydrocarbures lorsqu’elles nécessitent des forages d’exploration de nouveaux gisements, qui ne peuvent plus être autorisés dans le cadre de nouveaux permis.

La France dispose-t-elle de suffisamment d’hydrocarbures pour “changer la donne” ? 

Un intervenant de l’émission Les grandes gueules sur RMC a affirmé le 7 avril que la France pourrait devenir un pays producteur d’hydrocarbures et que cela “changerait complètement la donne” sur le plan énergétique. Voici pourquoi cette affirmation est trompeuse.

 « On pourrait devenir, nous, la France, un pays producteur d’hydrocarbures, et ça changerait quand même complètement la donne. – Totalement. – Et on se le refuse ? – On se le refuse pour des raisons… – Écologiques. – Idéologiques. – Philosophiques. »

intervenant de l’émission « Les grandes gueules » sur RMC le 07-04-2026

Premièrement, il convient de rappeler que la France est déjà un pays producteur d’hydrocarbures. Mais, ces dernières décennies, son niveau de production est devenu très marginal et ses réserves sont aussi très limitées. Dans ce contexte, l’idée qu’une relance de la production “changerait complètement la donne” ne correspond pas aux ordres de grandeur des réserves connues. La production française est limitée par la taille des réserves, identifiées de longue date, et déjà largement exploitées. La loi Hulot (2017) n’a pas créé cette situation : elle a encadré la fin progressive de l’exploitation.

L’argument selon lequel la France pourrait devenir un grand pays producteur d’hydrocarbures repose souvent sur des estimations de ressources potentielles en hydrocarbures non conventionnels, autrement dit sur l’hypothèse que les ressources estimées de gaz de schiste seraient un jour confirmées et rentables à exploiter. Or estimer une ressource géologique ne suffit pas à en faire une réserve exploitable et l’écart entre les deux peut être considérable.

Justement pour le gaz de schiste, la France se trouve dans une situation d’incertitude radicale : les hypothèses qui circulent dans le débat public, parfois présentées comme des faits établis, sont en réalité des estimations. La quantité réelle de gaz de schiste exploitable restera probablement inconnue, car les forages d’exploration, seul moyen de la déterminer, n’ont pas découvert de réserves significatives jusque-là, et ont été interdits à partir de 2017. La France ne dispose pas de réserves prouvées de gaz de schiste, elle dispose d’une géologie qui pourrait en contenir; toute affirmation sur l’existence de réserves importantes est donc trompeuse.

L’expérience française en Guyane illustre concrètement ce risque : après cinq forages infructueux et plusieurs milliards d’euros d’investissement, le PDG de TotalEnergies a déclaré sous serment devant le Sénat qu’il n’y avait “pas d’hydrocarbures en France”, alors que les estimations initiales du gisement de Zaedyus avaient suscité un enthousiasme considérable

Enfin, même dans l’hypothèse non vérifiée où des gisements de gaz de schiste exploitables seraient un jour confirmés, l’expression “changer complètement la donne” supposerait des volumes capables de couvrir une fraction significative de la consommation nationale. Même un scénario optimiste ne conduirait pas nécessairement à l’indépendance énergétique, mais tout au plus à une réduction de la dépendance aux importations dans un délai de plusieurs décennies, et à des coûts environnementaux et économiques qui n’ont, à ce jour, jamais été sérieusement chiffrés dans le contexte géologique français.

Science Feedback is a non-partisan, non-profit organization dedicated to science education. Our reviews are crowdsourced directly from a community of scientists with relevant expertise. We strive to explain whether and why information is or is not consistent with the science and to help readers know which news to trust.
Please get in touch if you have any comment or think there is an important claim or article that would need to be reviewed.

Published on:

Articles similaires