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YouTube et TikTok agissent rarement contre la mésinformation climatique, même lorsqu’elle enfreint leurs propres règles

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Une enquête conjointe de Science Feedback et de la Fundación Maldita.es a signalé plus de 300 vidéos de mésinformation climatique en français et en espagnol. YouTube n’a jamais répondu, et TikTok n’en a restreint qu’une petite minorité et n’a infirmé aucune de ses décisions en appel.

Principaux résultats

  • YouTube n’a répondu à aucun de nos signalements et a probablement démonétisé moins de 5 % des vidéos signalées ; sa seule règle sur le climat est une interdiction des publicités sur la mésinformation climatique.
  • TikTok n’a restreint qu’une petite minorité des vidéos signalées, le plus souvent en les déclassant au titre de sa règle sur les théories du complot, et non de sa règle sur la mésinformation climatique.
  • Appels auprès de TikTok : aucun des 147 appels n’a conduit TikTok à modifier sa décision.
  • Comptes récidivistes : les comptes ayant publié plusieurs vidéos en infraction n’ont subi aucune conséquence visible sur l’une ou l’autre plateforme.
  • En dehors des plateformes : en Espagne, l’organe de règlement extrajudiciaire des litiges a répondu à environ 10 % des plaintes de Maldita en un mois.

Comment nous avons testé les plateformes

Nous avons recherché sur YouTube et TikTok des termes souvent associés à la mésinformation climatique, d’après nos observations de ces dernières années. Un modèle d’IA a signalé 331 vidéos TikTok et 894 vidéos YouTube, en français et en espagnol, comme susceptibles d’enfreindre les règles des plateformes. Des fact-checkers ont ensuite examiné les plus vues et confirmé que 87 vidéos sur TikTok et 82 sur YouTube enfreignaient bien les politiques des plateformes en matière de mésinformation climatique. Nous les avons signalées via les outils de signalement des plateformes, puis nous avons recherché d’autres vidéos chez les comptes récidivistes et en avons signalé 87 de plus sur TikTok et 81 de plus sur YouTube.

Sur YouTube, nous n’avons signalé que des vidéos monétisées, car la démonétisation est la seule voie d’application que la plateforme prévoit pour la mésinformation climatique. Sur TikTok, nous avons utilisé la catégorie « fausses informations nuisibles » (« harmful misinformation »), au titre de laquelle les règles de TikTok interdisent les fausses informations qui nient l’existence du changement climatique, en déforment les causes ou contredisent son impact environnemental établi.

YouTube n’a fourni aucune réponse, et les vidéos continuent de rapporter de l’argent

YouTube n’a aucune règle de contenu sur la mésinformation climatique. Depuis 2021, la plateforme dit seulement qu’elle n’autorise pas les publicités sur les contenus qui contredisent le consensus scientifique sur le changement climatique. Suite à nos signalements de tels contenus, nous n’avons reçu aucune réponse de la part de la plateforme. La page de signalement de YouTube ne mentionne comme issues possibles que la suppression ou la restriction d’âge, donc même lorsqu’un signalement entraîne une démonétisation, la personne à l’origine du signalement ne peut pas savoir si YouTube a agit en conséquence.

Ce n’est pas la première fois que Science Feedback teste cette politique de YouTube. En décembre 2021, quelques semaines après son entrée en vigueur, Science Feedback a vérifié 36 vidéos que les analyses de Climate Feedback avaient jugées contenir de la mésinformation climatique. Sur les 20 qui relevaient de la définition de Google elle-même, la moitié étaient toujours monétisées, via des publicités (8 vidéos) ou l’intégration d’une boutique de produits dérivés (2).

Pour le présent rapport, nous avons vérifié le statut de monétisation de chaque vidéo avant et après le signalement, à l’aide d’outils de détection des publicités et d’outils tiers. Moins de 5 % des vidéos en infraction présentaient des signes de démonétisation 72 heures après le signalement, indiquant une probable action de la plateforme. Certaines vidéos affichaient un panneau d’information renvoyant vers des sources telles que l’ONU et Wikipédia tout en continuant à générer des revenus publicitaires. Une étude précédente de Science Feedback a montré que ces panneaux n’apparaissaient que sur 37 % de 940 vidéos de mésinformation vérifiées, qu’ils sont génériques et qu’ils s’affichent aussi à côté de vidéos crédibles : ils ont donc peu de chances d’informer les spectateurs lorsqu’ils sont exposés à des informations trompeuses. Selon les conditions du programme partenaire de YouTube, les créateurs reçoivent 55 % des revenus publicitaires nets et YouTube conserve le reste : ces vues rapportent donc aussi bien aux créateurs qu’à la plateforme.

TikTok a rarement appliqué sa règle sur le climat

TikTok est l’une des rares plateformes à disposer d’une politique explicite contre la mésinformation climatique : ses propres règles interdisent les fausses informations qui nient l’existence du changement climatique, en déforment les causes ou contredisent son impact environnemental établi. Une plateforme qui publie une règle doit l’appliquer avec diligence, faute de quoi cette règle induit le public en erreur.

Dans la pratique, TikTok n’a restreint qu’une petite minorité des vidéos que nous avons signalées. La plateforme applique deux types de règles : certaines politiques entraînent un retrait, d’autres, comme sa règle sur les théories du complot, entraînent un déclassement, c’est-à-dire que la vidéo est moins recommandée dans les fils des utilisateurs mais reste en ligne. Dans les cas que nous avons examinés, TikTok a agi au titre de la règle de déclassement. Même dans ces cas, TikTok a jugé que de nombreuses vidéos complotistes (par exemple sur les chemtrails et la géo-ingénierie) ne violaient pas ses règles alors qu’elles faisaient des affirmations quasi identiques à celles de vidéos pour lesquelles TikTok a conclu à une violation de ses règles.

Les récits complotistes dominent notre échantillon. Les affirmations sur la manipulation de la météo et sur les chemtrails ont généré environ 70 % des vues des vidéos TikTok en français de notre échantillon et environ 84 % de celles des vidéos en espagnol.

Nous avons fait appel de chaque décision avec laquelle nous étions en désaccord. Aucun des 147 appels n’a modifié la décision de TikTok. Selon le rapport de transparence de TikTok, des systèmes automatisés traitent 94,1 % des contenus en infraction sans examen humain. Lorsque nous pouvions nous fier aux horodatages, de nombreuses réponses sont arrivées environ une demi-heure après notre signalement, un schéma qui évoque un possible examen automatisé.

Les récidivistes (comptes ayant fait l’objet de trois signalements ou plus) n’ont eux non plus fait l’objet d’aucune mesure visible au niveau du compte, sur aucune des deux plateformes.

Un bug de TikTok a compliqué la mesure de sa rapidité de réponse

En consignant les réponses de TikTok, nous avons découvert un bug sur sa page de signalements : une fois un appel déposé, la page remplace la date de la première réponse de TikTok par la date de l’appel. Des captures d’écran montrent la première réponse et l’appel portant le même horodatage, à la seconde près, ce qui ne peut pas être correct. Dans certains cas, l’appel semble même antérieur à la première décision. Pour la plupart des cas français que nous avons suivis, le délai de réponse réel de TikTok ne peut donc pas être établi. Les captures d’écran figurent dans l’annexe I du rapport.

Les recours hors plateformes

Le règlement européen sur les services numériques (DSA) offre aux utilisateurs des voies de recours en dehors des plateformes. En Espagne, Maldita a porté ses litiges devant un organe de règlement extrajudiciaire des litiges. Celui-ci a répondu à environ 10 % des plaintes de Maldita en un mois. Lorsqu’il s’est prononcé, il a recommandé d’infirmer la décision de la plateforme dans 61 % des cas qu’il a tranchés, et a donné raison à Maldita pour des motifs de procédure dans 16 % des cas supplémentaires.

En France, nous avons déposé une plainte par plateforme auprès de l’Arcom, le coordinateur pour les services numériques, au titre de l’article 53. L’Arcom ne peut pas juger les contenus ni contraindre une plateforme à revenir sur une décision de modération : ces plaintes portent donc sur le comportement des plateformes, c’est-à-dire sur la question de savoir si elles appliquent avec diligence leurs propres règles et traitent correctement les signalements et les appels. Nous mettrons cet article à jour lorsque nous aurons une réponse.

Ce qui devrait changer

Les plateformes devraient :

  • appliquer avec diligence et cohérence les règles sur la mésinformation climatique qu’elles ont publiées, comme l’exige l’article 14 du DSA, car une règle publiée mais non appliquée induit le public en erreur ;
  • indiquer clairement quels récits leurs règles couvrent, et inclure le « nouveau déni climatique », qui ne conteste plus la science du changement climatique mais produit de fausses affirmations sur les solutions climatiques et les scientifiques du climat ;
  • faire de l’examen humain un véritable contrôle des décisions automatisées, comme l’exige l’article 20, et informer les personnes lorsqu’un signalement entraîne une démonétisation.

Les régulateurs devraient :

  • vérifier que les très grandes plateformes évaluent et atténuent la mésinformation climatique en tant que risque systémique (articles 34 et 35) ;
  • faire respecter l’obligation des plateformes de répondre aux personnes qui signalent des contenus, ce que YouTube n’a pas fait ;
  • exiger de la transparence sur la monétisation au titre du Code de conduite de l’UE sur la désinformation, que les deux plateformes ont signé ;
  • accélérer le traitement des litiges par les organes extrajudiciaires, afin que les personnes obtiennent une réponse en quelques semaines, et non en plusieurs mois.

Lire le rapport complet

Le rapport complet, Inconsistencies in climate dis/misinformation moderation on YouTube and TikTok, est disponible ici :

Ce rapport a été réalisé par Science Feedback et la Fundación Maldita.es avec le soutien de European Fact-Checking Standards Network (EFCSN).

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