- Climat
Premier semestre 2026 : quand le climat devient une actualité récurrente, la mésinformation progresse aussi
Au premier semestre 2026, les médias audiovisuels français ont davantage parlé d’environnement qu’au cours des deux années précédentes. Dans le même temps, le nombre de cas de mésinformation climatique recensés par Science Feedback pour l’Observatoire des médias sur l’écologie (OMÉ) a augmenté de 28 % par rapport au premier semestre 2025. Ces données sont publiées dans le premier bilan semestriel de 2026.
Entre janvier et juin 2026, les enjeux environnementaux ont représenté 5,3 % des contenus d’information diffusés par les médias audiovisuels étudiés, contre 4,9 % au premier semestre 2025 et 3,9 % au premier semestre 2024. Dans le même temps, 452 cas de mésinformation climatique ont été détectés, contre 353 sur la même période un an plus tôt, soit une augmentation de 28 %.
La multiplication des événements météorologiques extrêmes a contribué à renforcer la place des enjeux environnementaux dans l’actualité. Au cours du premier semestre 2026, les vagues de chaleur ont ainsi donné lieu à des épisodes de forte couverture médiatique, notamment à la fin du mois de mai et à la fin du mois de juin. Ces deux périodes correspondent également aux deux principaux pics de mésinformation climatique recensés pour l’OMÉ.
Voici ci-dessous quelques exemples d’affirmations fausses ou trompeuses.
“Voilà, il fait 15 jours de chaleur, de grosse chaleur par an. […] Mais pour l’instant, il y a les épisodes de grand froid, 15 jours par an, et les épisodes de grosse chaleur, 15 jours par an. Moi, j’ai l’impression que tout n’a pas radicalement changé, tout de même.”
Alexandre Devecchio, journaliste pour le Figaro et éditorialiste, sur CNews, le 2026-05-27 11:42:00
En réalité, la fréquence, la durée et l’intensité des chaleurs extrêmes augmentent (54 vagues de chaleur recensées depuis 1947, dont la moitié depuis 2010, contre l’autre moitié sur les 60 années précédentes) tandis que les épisodes de froid sont devenus beaucoup plus rares, plus courts et moins intenses : 46 depuis 1947, dont seulement 10 depuis 2000.
“Il ne faut pas non plus, sur la base de ces fortes chaleurs, qui sont des phénomènes météorologiques, en déduire des conclusions climatiques.”
Raphaël Stainville, journaliste pour Le JDD, sur CNews, le 2026-05-27 13:14:00
Une canicule est certes un phénomène météorologique, mais cela n’empêche pas qu’elle soit un indicateur manifeste du changement climatique : celui-ci modifie, sur le long terme, les conditions dans lesquelles surviennent les événements extrêmes. L’augmentation de la fréquence des canicules est un indicateur du réchauffement climatique.
“On ne va pas atteindre 44 à Paris, à Paris ça sera moins qu’en 2019. Donc on ne peut pas dire que c’est nouveau et qu’on n’a jamais vu ça, ce n’est pas vrai. Et n’oubliez pas qu’en 1976 c’était incroyable aussi.”
Luc Ferry, chroniqueur et éditorialiste chez LCI, sur LCI, le 2026-06-21 20:40:00
Les 24 et 25 juin ont enregistré, avec 30 °C de moyenne sur 24 heures, les températures moyennes les plus élevées jamais mesurées en France, tous mois confondus. Si Paris n’a pas battu son record de 42,6 °C établi en 2019, la situation est bien inédite à l’échelle nationale. Météo-France estime d’ailleurs que l’intensité de cette vague de chaleur est supérieure à celles de 1976, 2019 et 2025.
Le graphique ci-dessous montre que les grandes actualités en lien avec l’environnement coïncident à plusieurs reprises avec une augmentation du nombre de cas de mésinformation recensés.

Lorsqu’un événement météorologique extrême devient un sujet majeur d’actualité, la couverture du climat s’intensifie : le nombre de séquences consacrées au sujet augmente, tout comme le nombre d’intervenants appelés à commenter l’événement, et ce, sur un nombre croissant de médias.
La couverture ne se limite alors plus aux journaux et aux formats les plus informatifs. Ces événements peuvent également être abordés dans des émissions d’opinion et de commentaire, où les affirmations sont moins systématiquement vérifiées, contextualisées ou confrontées aux connaissances. Une part significative de la mésinformation climatique identifiée apparaît ainsi dans des espaces éditoriaux où information, opinion et commentaire se mêlent.
En une seule semaine de canicule en mai, nous avions relevé 5 fois plus de cas de mésinformation que la moyenne, et constaté que nombreux cas cherchent à brouiller la compréhension des mécanismes à l’œuvre, du travail scientifique et des connaissances établies sur les moyens et les responsabilités permettant de limiter le changement climatique.
Ces périodes de forte exposition médiatique rendent donc d’autant plus importante la question de la pertinence des experts sollicités et de la vérification de la crédibilité des commentaires, qu’ils émanent de personnalités politiques, d’invités, ou de chroniqueurs (voir notre article sur une explication trompeuse des incendies en Gironde pour un exemple).
Comparaison des chaînes par rapport à 2025
L’augmentation de la couverture médiatique de l’environnement s’accompagne d’une diminution du nombre de cas de mésinformation rapportée au nombre d’heures de couverture. Autrement dit, le taux de diffusion de mésinformation climatique a globalement diminué par rapport à 2025.
Toutefois, comme nous l’avons montré, le volume total de mésinformation diffusée a augmenté de 28% en 2026 par rapport à 2025. La quantité totale de mésinformation à laquelle l’audience a pu être exposée n’a donc pas diminué.

Comme le montre la Figure 2, même dans les médias où les propos trompeurs sur le climat sont particulièrement fréquents (Sud Radio, CNews, Europe 1, RMC et LCI), l’augmentation de la couverture médiatique consacrée au climat s’accompagne d’une diminution du taux de mésinformation. BFM TV constitue toutefois une exception, avec une hausse de ce taux en 2026.
En comparant ces taux de mésinformation avec le temps d’antenne consacré à la couverture des enjeux environnementaux (voir figure ci-dessous), on observe, comme dans les précédentes analyses, une relation inverse entre le volume de couverture et la quantité de mésinformation diffusée : plus une chaîne consacre de temps aux enjeux environnementaux, moins elle diffuse de cas de mésinformation.

La mésinformation ne s’arrête pas aux intervenants invités dans les médias
Le profil des locuteurs recensés par l’OMÉ apporte un éclairage complémentaire sur les sources de la mésinformation climatique diffusée. Les personnalités politiques représentent 31 % des cas, les invités 27 %, les journalistes 20 %, les chroniqueurs 19 % et l’audience 3 %. Ces proportions restent globalement stables par rapport aux analyses précédentes.
Si les deux tiers des cas de mésinformation sont attribués à des personnes invitées à intervenir dans les médias (en incluant les politiques), une part non négligeable implique donc directement des professionnels de l’information et du commentaire. Journalistes et chroniqueurs représentent à eux seuls 39 % des cas recensés. Parmi les cas attribués à des journalistes, 70 % sont recensés exclusivement sur CNews et Europe 1.
Deux tendances apparaissent en 2026
L’augmentation de la visibilité du changement climatique dans les médias ne se mesure pas uniquement à l’ampleur de sa couverture, mais aussi à la qualité des informations qui l’accompagnent. Le premier semestre 2026 illustre à ce sujet un double mouvement.
Le climat occupe une place croissante dans les médias audiovisuels. Les épisodes de chaleur, qui ont largement contribué à cette hausse de la couverture, font justement l’objet d’une meilleure recontextualisation en 2026, notamment par la mention du rôle du changement climatique et de l’adaptation à ses effets (voir figure ci-dessous). Environ 40 % des séquences audiovisuelles mentionnant la canicule de fin mai 2026 ont ainsi fait le lien avec le changement climatique, contre environ 30 % en 2023. Les mentions de l’adaptation au changement climatique ont connu la progression la plus forte, passant d’environ 20 % des séquences consacrées aux canicules en 2023 à environ 40 % en 2026.

Toutefois, cette progression de la contextualisation reste limitée et très incomplète quand il s’agit des causes (ligne bleue). La mention du rôle des émissions liées aux énergies fossiles dans l’intensification des canicules reste étonnamment faible lors des vagues de chaleur en 2026 : ce lien est explicitement évoqué dans au mieux 25 % des cas sur Arte, et autour de 5 % sur TF1, M6 et France 2 (entre autres), comme le montre la figure ci-dessous.

Cette visibilité accrue en 2026 s’accompagne également d’une augmentation du nombre de cas de mésinformation recensés.
Une couverture plus importante multiplie les occasions pour le public d’être confronté à des affirmations sur le changement climatique : celles-ci sont-elles factuellement exactes, correctement interprétées et replacées dans leur contexte, ou contribuent-elles au contraire à la diffusion d’informations trompeuses ? Parmi les cas recensés, un nombre important repose sur des affirmations inexactes ou trompeuses déjà largement documentées et pourtant facilement vérifiables. Une analyse exhaustive de l’ensemble de l’année 2026 sera publiée début 2027 en collaboration avec l’OMÉ.
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